DORMEURS

*

FROIDE BRÛLURE - SOMMEILS DE JUIFS - L'ÉTOILE - PALESTINE -LE RÊVEUR DE DIEN BIEN PHU

ARBRE ET DORMEUR - DORMEUSE À L'ORIENT - LE CHANT DU DÉPART - LA DERNIÈRE LETTRE - LES BRUITS DU SILENCE

DERNIER RÂLE À VERDUN - L'ÉTOILE DE DAVID - LE DORMEUR DU VAL - LE SOLDAT DE LA PRAIRIE

 CETTE CONNERIE : LA GUERRE - PLEURS - LE CITADIN ENDORMI - BLACK BIRD

 

 

FROIDE BRÛLURE

 

Il marchait vers un champ qu'il devait labourer :

La longueur du chemin lui semblait infinie.

Le ciel se couvrait ; il entendit

le tonnerre gronder.

Il sentit alors une froide brûlure

en lui…

 

Il continuait à marcher,

péniblement,

cependant,… cependant, il croyait, il sentait, il croyait sentir que la longueur de son chemin diminuait.

Ses membres s'engourdissaient…

La blessure l'envahissait…

Et, ses pieds s'enfonçaient inexorablement

dans le sol,

comme si ou voulait le retirer d'un monde

où toute sa vie il n'avait fait au fond,

au fin fond, que creuser sa tombe.

 

Autour de lui, tout était noir : c'était la nuit.

Il eut la force d'avancer encore de six pas,

mais, las de lutter, puis, las surtout d'être toujours là,

Il cueillit le ciel, à portée de main soudain, à bout de bras soudain, sans qu'il sache vraiment pourquoi…

— Il le cueillit ;…

puis s'endormit[1].

 

*

 

SOMMEILS DE JUIFS

 

(L'histoire se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. Une famille juive vivant dans la zone jadis libre redoute chaque jour de plus en plus que la Gestapo l'arrête pour l'envoyer en Allemagne, comme ce fut le cas pour bon nombre de ses amis juifs.)

 

La famille Bernstein avait fui l'avancée de l'armée allemande en France et avait trouvé refuge chez deux de leurs amis non juifs, près de Lyon. Un soir, attendant la rentrée de leurs deux amis, la famille commença à s'inquiéter sérieusement de leur retard de plus d'une heure. L'heure étant tardive, ils allèrent tous se coucher en prenant garde de ne pas faire de bruit pouvant éveiller l'attention des voisins. Pendant la nuit, le père fut réveillé par deux bruits sourds portés sur la porte d'entrée. Rassuré, il descendit ouvrir la porte mais ce ne furent pas ses amis qu'il trouva sur le seuil de la porte mais trois hommes armés : un Feldengendarme  et deux hommes de la Gestapo. Bousculant le père, les trois hommes entrèrent et prononcèrent des paroles avec violence que seul le père, d'origine allemande, comprenait. Le reste de la famille, réveillé en sursaut, comprit instantanément la situation et s'habilla rapidement ; ce qui m'empêchait pas les Allemands d'hurler de se dépêcher à la famille apeurée. Lorsqu'ils furent prêts, les trois hommes les escortèrent jusqu'à un camion où se trouvaient déjà plusieurs personnes à l'air maussade. Ils firent entrer l'ensemble de la famille dans le camion mais, alors que le père et la mère aidaient la grand-mère à monter, les Allemands dirent qu'ils ne pouvaient amener la grand-mère faute de place. Ainsi, avant d'acheminer les Juifs jusqu'à la gare la plus proche, les trois hommes emmenèrent la vieille femme à l'abri des regards. On entendit des bruits répétés de coups dont la violence s'amplifiait à mesure des hurlements et des pleurs de la vieille femme ; puis, au bout d'un moment, les hurlements se turent, laissant place aux ricanements des trois hommes qui revinrent vers le camion avec un sourire triomphal. La vieille femme gisait dans l'herbe, allongée sur le dos, les paupières closes. Sa bouche était entrouverte et elle avait l'air de dormir d'un profond sommeil. La pâleur de son visage était accentuée par la lumière de la lune et des étoiles qui l'éclairait.

La famille Bernstein fut envoyée à Auschwitz où la mère et les enfants furent gazés. Le père, lui, fut libéré par les Russes mais finit par se suicider, ne pouvant admettre la mort de tous les membres de sa famille et ayant côtoyé la mort de trop près. Les deux amis des Bernstein furent déportés eux aussi et fusillés à Buchenwald pour avoir hébergé des Juifs, pour avoir cru au mot : « frère »[2].

 

*

 

L'ÉTOILE

 

Rayé de gris bleu et de blanc, le regard fuyant vers l'Est,

Un homme est étendu, la tête contre un rocher.

Cherchant encore une fois sous la voûte céleste : mais quoi ?

Il voit qu'il n'y a rien, sinon la neige immaculée.

 

Au loin depuis longtemps déjà, la colonne s'est évanouie.

 

Un long sillon vermeil traverse l'étendue de ces bois.

Entre sapins et rivières, collines et monts, un long sillon courre : écarlate…

— Paysage… –

Mais l'homme, lui, sent-il sur son torse  la zébrure de l'éclat des balles,

ces traces écarlates sur son pantalon ?

 

D'une rafale, parce qu'il ne suivait, qu'il ne fuyait plus assez vite

devant les Russes, on l'a laissé pour mort.

Il sent son cœur blessé s'engourdir peu à peu…

Bercé par le froid et les ultimes rayons,

il repense aux siens et se met à pleurer.

 

Une dernière fois la douleur l'envahit.

Une dernière fois,

fugitive,

il sent dans son âme une fierté, intacte, reconquise :

lorsqu'il voit sur son sein l'étoile de David[3].

 

*

 

PALESTINE

 

C'est dans une ville en ruine, à part ;

loin :

une terre si cachée — même pour eux et pour leurs pères —

où sifflent les obus et les chars ;

un lieu dont le quotidien n'est que misère.

 

Un enfant, à peine à l'âge de raison,

est étendu, là, sur le sol aride, les yeux ouverts…

Naïvement, il ne voit que la mort à l'horizon,

lucidement… :

Il est vide d'espoir ; il se sent déjà recouvert

par l'angoisse et par l'injustice comme par des pelletées de terre,

terre

pourtant de son pays.

 

Son visage est d'une blancheur angélique ;

son âme est d'une grande pureté — unique ! —,

et il est seul à le savoir.

Il rejoint ceux qu'il a tant aimés, à jamais…

 

Il croyait que son courage pourrait tout vaincre…

Mais, pas dans ce monde. Sans doute dans l'autre ?…

Qui sait ?…

Paisiblement, il retrouve enfin la paix[4].

 

*

LE RÊVEUR DE DIEN BIEN PHU

 

C'est une maison verte, en roseaux, où passent les vents…

Par-delà le vallon, par une jolie journée

tranquille, où la douce rosée caresse le sang,

où la vie ne devrait jamais s'arrêter,

 

un casqué, les mains pendantes, les poings desserrés,

la joue imbibée des odeurs de l'herbe verte

s'évade, pour ne jamais revenir aux réalités !…

 

L'air hagard, il émet comme un chant — tel un cygne ? —

Il ne se reconnaît plus dans cette nuit bleutée ;

Il s'en va, lentement, apporter d'autres signes aux siens…

— Dans un ciel vide[5] ?

 

*

 

ARBRE ET DORMEUR

 

C'est un champ de barbelés,

une pâture avec un arbre, où chantent les canons.

De mille feux, le soleil la frappe toujours !…

Jadis, y riaient beaucoup de petits garçons, l'été,

mais la chaleur qui y régnait n'est qu'un souvenir.

 

Un jeune soldat, rêve qu'il y est allongé sur l'herbe ; il dort.

Immobile et inerte, il baigne dans la boue…

Le ciel éclaire son corps de tout son or.

Il y avait là, on le devine un bois, jadis…

Mais c'est par leur absence que les arbres frissonnent :

ils sont partout.

 

Au pied d'un arbre, il dort. Le seul encor debout. Il se repose

en paix, loin des bruits qui ont fini par se dissiper.

la peau fraîche et pâle, il a froid et ne bouge pas.

 

À présent, rien ne sera plus comme hier, « avant » ;

Il ne se réveillera plus dorénavant :

un liquide rouge coule, tout au long de son bras

qui pend[6].

 

*

 

DORMEUSE À L'ORIENT

 

Eh oui ! à la vie les hommes n'ont rien compris !…

Proclamant la religion, et s'éparpillant au lieu de « se relier »,

« se rassembler » comme le mot « Religion » y invite,

aux feuilles de « L'Arbre de Vie »,

ils ont fait des auréoles rougissantes.

 

Nous sommes, ici, à l'Orient…

Sous « L'Arbre », on peut voir une jeune fille,… angélique !…

Son cygne a chanté ; sa fleur s'est dérobée.

Pour toujours sa nature jeune à jamais

est ailleurs.

 

Dans un vaste pré, rêvé,

elle est aujourd'hui étendue

comme sur un drap frais.

Elle ne craint plus, elle ne craint pas : ces feuilles rouges

qui vont tomber…

 

La Mort la veille.

Ni les billes de plomb, ni même les canons,

N'entraveront  plus désormais la beauté de ce qu'elle fut[7].

 

*

 

LE CHANT DU DÉPART

 

C'est par un jour nuageux que tu m'as annoncé

que tu partais à la guerre. Je m'en souviens.

Tu as vu ta famille venir te dire adieu juste avant ton départ,

sans te douter que cet instant resterait gravé dans ta mémoire.

 

Puis, les minutes, les heures, les jours,

les semaines, les mois, les années,

se sont mis à se suivre de manière effrénée ;

la guerre, cette foutue guerre durait, et,

sans t'en rendre compte, c'était bientôt ton tour.

 

On était loin des rêves de victoire du départ, des cocoricos du début :

vous rampiez, marchiez, couriez,

dans le seul but de sauver votre vie, votre peau.

Alors, rien ne valait un ami

qui vous ordonnait de vous relever ou qui vous aidait à courir.

 

Quand revinrent les nuits de printemps,

tu repensas à ta bien-aimée, et souvent !…

Et tu rêvais en souriant

des souvenirs passés.

 

Cette guerre, depuis lors, vous la haïssiez :

elle vous avait tout pris ;

elle vous avait fait à la fin ressembler à des prisonniers

qui attendent d'être jugés.

 

Puis, les minutes, les heures, les jours,

les semaines, les mois, les années,

allèrent pour toi soudain plus vite,

se suivirent, se suivirent… : de manière effrénée.

N'attends plus, va !… ce sera bientôt ton tour à toi aussi !…

 

Ta guerre est finie, tu le sais :

Tu vas revoir ta femme, ta famille, tes enfants…

Mais, pourquoi te sens-tu te vider de ton sang ?

 

Tu comprends alors, tu comprends,

— mais c'est terminé, c'est trop tard ! —

que ce sont des morceaux de ta chair que tu tiens,

et non tes enfants.

 

Tu reposes déjà comme un érable, sur le flanc,

arbre couché par la tempête…

Tu me regardes, puis me dis :

« Prends soin de ma femme, ami !…

Dis-lui que je l'ai aimée toute ma vie,

à mes enfants, que je penserai à eux

lorsque je serai avec Dieu.

N'oublie pas ! N'oublie pas ! Promets !…

Tôt ou tard, de toute façon, dis-leur, que

nous nous reverrons.

Donne-leur,

transmets-leur tout ce qu'il me reste,

mon camarade :

ce mince espoir[8]. »

 

*

 

LA DERNIÈRE LETTRE

 

Je voulais vous écrire avant de partir.

Je ne sais pas trop quoi vous dire.

Je me serais bien battu encore,

Même, si, encore une fois, je sais que je vous laisse le pire.

 

Les sanglots qu'on voue pour la mort

d'un homme sont de véritables remords à celui qui part ;

je suis mort mais rien n'est fini :

continuez votre vie !

 

Rien ne me soulage.

J'atteins le dernier rivage.

Je vais rejoindre l'autre rive :

celle des fleurs et des rires.

 

Je cache mes heures épuisées

et quitte ma peau de misère :

je change d'univers,

mais en pensant à vous encore.

 

Quand je serai là-bas,

puisque je penserai à vous,

et que vous penserez à moi :

ce sera un peu, pour vous et pour moi, comme si j'étais encore là, pour vous[9].

 

*

 

LES BRUITS DU SILENCE

 

(En juin 1944, les alliés débarquent. De jeunes soldats américains et canadiens signent leur arrêt de mort en débarquant sur les plages de la côte normande comme à « Omaha Beach  ».)

 

C'est un chemin de pierres où repose le bonheur,

transportant saintement la dernière pesée d'âmes

dorées ; où l'écume de la mer libérée rayonne ;

c'est un champ de croix qui regorge de sauveurs.

 

La mer se souvient d'eux :

des soldats jeunes, aux regards fermés, corps sanguinolents

et les membres déchiquetés, flottent dans ses courants

dominés par un rouge infernal qui ne cesse de s'étendre.

Ils recouvrent ce bras de mer qui semble les porter ;

Ils flottent dans l'horreur de ces flots, encore verts il y a peu, où seule la mort sauve, sauvait.

 

Sur la plage, s'ils y sont parvenus : enterrés ou noyés dans les grains de sable,

ils reposent en paix comme reposeraient des sauveurs

de l'humanité. Nature, protège-les avec toute ta douceur !…

 

Les chargeurs qui n'en finissent plus de se décharger

n'alertent plus leurs oreilles déjà attentives à l'ailleurs.

Paisiblement, ils dorment, avec le sentiment profond

De s'être sacrifiés pour le bonheur d'une patrie[10].

 

*

 

DERNIER RÂLE À VERDUN

 

C'est une plaine déserte, où de façon rythmique,

des morceaux écharpés de fer transpercent l'air.

Un homme, haillons foncés, et, sourire angélique,

les yeux noirs, repose sur la terre humide.

 

Fixant le ciel comme un terminus d'omnibus ou de taxi :

il ne pensait pas qu'il lui faudrait descendre, ici.

La main fermée sur le cœur, il pleure

comme le ciel du fer, du feu ; il pense à sa famille.

 

La boue l'entraîne dans un trou :

il glisse au fond, au fond,… mais sans jamais en voir le bout.

Sa main s'ouvre comme la porte du paradis… :

 

pour laisser tomber un bout de papier :

c'est une enveloppe, et l'on pourrait y lire si elle n'était déjà

tachée, mangée par la boue, elle aussi :

« À celle que j'aime : Bérénice, ma fille. »

 

Puis il glisse sous l'eau.

Et l'on ne voit plus rien.

Laissant à l'orpheline un trou rempli de sang

pour tout sourire, pour testament[11].

 

*

 

L'ÉTOILE DE DAVID

 

Magnifique,

dents écarlates et regard de cristal

qui perce les immeubles opaques

et autres tours de haine,…

Il sourie !…

 

— Qu'avons-nous à faire, nous, les grands,

d'un jeune enfant,

d'un magicien de huit ans ?…

 

ricane-t-il, dents écarlates !…

 

Dans le vent,

emporté

si loin des tornades enchaînant les hommes entre eux,

Il dansait.

 

— Qui ?

— L'enfant…

 

Un magicien ?…

C'était un roi !…

les arbrisseaux,

pages de verdure,

l'entouraient

s'inclinaient même devant Lui

comme s'il eût été le Messie !…

Et, couronné de l'astre naissant,

David auréolé

contemplait les rayons

qui lui cernaient les pieds.

 

Il gambadait,

insouciant,

parmi la poussière âcre, des massacres,

des vies gâchées :

 

se moquant de l'homme aux dents écarlates qui courrait, courrait après lui, main levé, là, pour l'égorger, et ne parvenait pas à le rattraper… : déjà relégué dans un autre temps.

 

Sur la place,

David dansait !…

Les fruits juteux aux senteurs suaves

et colorées,

répondaient au musiques orientales,

comme jadis,…

à la voix chaude des négociants.

Le marché déployait comme jadis ses étoffes de pourpre !…

 

David portait dans ses bras,

triste fruit d'un attentat,

le petit Israélien

ou le petit Palestinien,

on ne sait plus,

on ne sait pas,

qui s'est écroulé ce matin,

et il l'éveillait à une autre vie,

à cette autre vie, par sa danse :

plus vivant, plus vivant encore !…

Parce qu'il était un frère, son « frère »,

 

pour danser, danser avec lui [12] !…

 

*

 

LE DORMEUR DU VAL

 

Le soleil levé voit le val s'éveiller ;

déjà, le ruisseau et les fleurs murmurent

les derniers secrets de la nuit passée…

 

Un jeune militaire, toujours endormi,

semble évoquer de sa bouche entrouverte

ses souvenirs récents mais gravés à jamais.

 

Et le ciel regarde — baignant dans l'eau claire —

son pâle visage, si calme, doré par le soleil !…

 

Au milieu des glaïeuls et pensées, le soldat dort…

 

Par son faible sourire, ses tristes rêves se laissent entendre.

 

Il sommeille dans le dur froid d'été.

Jamais il ne frisonne ; toujours reste immobile :

déjà oublié comme un chiffre parmi tant d'autres.

 

il dort paisiblement, la main sur sa poitrine.

Quelques larmes rouges coulent sur son côté[13].

 

*

 

LE SOLDAT DE LA PRAIRIE

 

C'est un terrain tout plat où règne le silence

accrochant follement à la nature des sillons

rouges vifs, où le soleil, dans la nue,

brille : c'est une petite prairie qui vit sous les rayons.

 

Un soldat souriant, jambes raides, mains ouvertes,

et le corps caressé par le doux mistral,

dort ; il est allongé sous le zénith :

livide dans cette verdure où la lumière est pâle.

 

Les mains sur sa poitrine, il rêve. Ne souriant pas

comme sourirait un être heureux ; il est fatigué.

Soleil, réchauffe-le doucement !… : il a perdu toute chaleur.

 

Les bombardements au loin, trop lointains, ne le réveillent pas.

Il est étendu sur l'herbe, la tête légèrement de côté.

Rêveur, discret, muet, il a quitté le pré pour aller à la nue[14].

 

*

 

CETTE CONNERIE : LA GUERRE

 

C'est la blessure humaine qui illustre la guerre,

empoisonnant des vies, telle une vipère.

Cette chose imbécile d'une horreur sans nom

tuera toutes les Nations.

 

Que d'hommes, de soldats sont morts au combat !

Et tout cela pour quoi ?…

Tant de familles décimées, de patries balayées !

Pour quelle utilité ?…

 

— Ô Guerre ! Blessure de l'humanité !

Pourquoi élever sans cesse ton étendard sanglant ?

Pourquoi faire couler autant de sang ?

 

Un jour viendra où toutes tes victimes

Chanteront ensemble leur hymne ;

Et, l'on se rendra compte de tes crimes[15].

 

*

 

PLEURS

 

De la nature il ne lui vient plus aucune idée.

Sous un arbre, il est allongé,

ce soldat que la Nature dévisage

quand le corbeau gazouille son chant.

 

Le blizzard de la guerre

recouvre le soldat de toute sa pâleur.

La neige de sa souffrance

éclaire de lumière son âme.

 

Une goutte de sang

est versée chaque jour par d'autres,

sur la source verte

qui naquit des larmes du soldat.

 

Le croassement ironique du corbeau

crépite sur des flots de sang.

Mais se répand sous la forêt

l'innocence du soldat telle une source vive.

 

Le soldat à la verte chevelure

chante seul au sol :

son corps qui pleure des larmes de sang

en quelque sorte vit encore…

 

L'obscure lumière dont rayonnent

les ailes du corbeau

n'éblouit plus le soldat allongé : ô Guerre !

auréole de feu brûlant le front des soldats !…

 

Du fond du gouffre, entendez : le soldat appelle…

Mais le corbeau l'entend sans s'en soucier.

En la Nature, pourtant il a trouvé la mère

qui le porte à nouveau,

lorsque, sous cet arbre, il s'est endormi[16].

 

*

 

LE CITADIN ENDORMI

 

Au confluent de champs de fleurs, et près d'une forêt sans âge,

se trouvait une cité habitée par des personnes de tout âge.

Des rives jusqu'aux plaines, le silence planait.

Un oiseau dans le ciel, déjà, apparaissait.

 

Cet oiseau, métallique, poursuivait inexorablement son chemin.

Les sirènes, non des mers mais des villes, déjà, chantaient.

C'était la fin de la journée ; le ciel s'assombrissait ;

Une pluie étrange, de l'azur, tombait : des bombes !…

 

Un habitant, anonyme, tranquille, reposait déjà,

allongé sur un lit de pierres façonné par la guerre ;

ses pieds ne reposaient plus sur le sol : il dormait.

 

Au fond de sa cache, à l'ombre d'un mur,

loin du bruit, loin d'autrui, loin de la vie,

la paix déjà était en lui[17].

 

 

*

 

BLACK BIRD

 

Quand la muraille du temps

est recouverte de sang,

et que le feu se répand,

emprisonnant les habitants de toute une ville :

 

— Eh ! Fier patriote !

Prends garde à l'aigle doux,

qui, de son regard, t'espionne :

de son regard, il t'empoisonne !…

 

Quel est ce goût strident

que le sang  qui coule pourtant

des traces de l'ennemi happé

ne dissipera jamais ?…

 

Chaque âme doucement noircie

n'est est plus que blanche de vie.

L'écorce du cœur de guerres assoiffées

s'épaissit pour jamais[18].




[1].— Édouard-Florent P., 2/2.

[2] — Jérémy G., 2/2.

[3].— Amaury L., 2/2.

[4].— Clara M., 2/2.

[5].— Maxence H., 2/2.

[6].— Mélissa M., 2/2.

[7].— Victoria S., 2/2.

[8].— Fanny D., 2/2.

[9].— Margaux R., 2/2.

[10].— Maxime C., 2/2.

[11]. Édouard L., 2/2.

[12]— Xavier A., 2/8.

[13].— Clémence D.B., 2/8.

[14].— Daphné T., 2/8.

[15].— Lucie H., 2/8.

[16].— Alexis L., 2/8.

[17].— Matthieu Z., 2/8.

[18].— Alexis L., 2/8.