MILLE NUITS

POUR UNE AUBE

 

L'âme de la Lune, fidèle, flottait à minuit,… flotte…

Éclaboussé d'ombre et de noir, la nuit s'illumine enfin d'une pluie d'étoiles.

— Ballade !… Errance !… : triste sort d'une flamme qui cherche son étincelle.

L'arc-en-ciel des flambeaux verrouille le noir profond de la nuit.

Dans le tombeau du ciel, la Lune crie sa douleur[1].

 

*

 

L'âme de la Lune fidèle flottait à minuit. Sa forme noire éclairait l'ombre du ciel…

 

— Et voici que commence un combat immortel entre les âmes de la nuit !…

Le génie,

lui,

s'endort

et parfume des milliers de désirs…

 

(Mon âme est le secret que seule une chaude nuit d'hiver peut révéler.)

 

Demain, l'exploration des îles fleuries du printemps.

Aujourd'hui, l'étincelle des roses noires trahit le brasier brûlant.

 

— Amis, faîtes comme moi :

Vivez jusqu'à votre rencontre passionnée avec la Mort,

avec Elle !…

 

[…] L'âme de la Lune fidèle flottait à minuit… :

ultime soupir de cette femme qui rejoignait les étoiles[2].

 

*

 

Éclaboussé d'ombre et de noir,

la nuit s'illumine,

pleine d'étoiles…

 

Ballade, errance, triste sort d'une flamme qui cherche son étincelle.

Nuit […].

L'arc-en-ciel du flambeau verrouille le noir profond de la nuit.

 

(Dans le tombeau du ciel, la Lune crie sa douleur.)

 

L'âme de la Lune fidèle flottait à minuit.

Sa forme noire éclairait l'ombre du ciel.

 

Et commence un combat immortel entre les cimes de la nuit.

— Rêve…

Le génie s'endort et parfume des milliers de désirs.

Mon âme est le secret que seule une chaude nuit d'hiver peut révéler.

— Errance…

 

Demain, l'explosion des îles fleuries du printemps !…

 

Lune : l'étincelle des roses noires trahit le brasier brûlant !…

 

Vivez,

revivez jusqu'à votre rencontre passionnée

avec la Mort :

— Ultime

soupir

de cette femme

qui rejoint enfin les étoiles[3].

 

*

 

Sœurs ennemies, vous, Lilith et Cynthia.

Un seul visage pour un éternel partage.

Un seul œil, chacune, au rythme des âges[4].

 

*

 

Au début, à la veille de mon existence, on me racontait ton histoire, mais aujourd'hui, c'est moi seul qui t'admire, Cynthia. Tu es le labyrinthe qui nous guide et nous emmène vers des endroits inconnus. L'être qui tous les soirs me hante, qui à chaque minute m'occupe l'esprit, c'est toi : ma Déesse.

Tu nous libères des frayeurs du jour, pour nous emmener dans un nouveau monde, joyeux, et, dont on ne veut plus se détacher. Quand la nuit nous enveloppe de son grand manteau noir : les maisons, les champs, tout prend une âme reposée et douce. Qu'ils soient, qu'elles soient d'enfance ou d'avenir : on les aime ; elles sont là, ils sont là, prêts à surgir de nulle part[5].

 

*

 

Je n'éprouve rien envers toi, Lilith, car pour t'aimer il faudrait que je sache ce qu'aimer peut bien signifier ; cependant, il est possible que tu m'apprennes ce que c'est. Je n'écoute plus ni mon âme, ni mon cœur, ni même mes sens ; je vis dans le pire des malheurs qui consiste à faire croire au bonheur, et, c'est pour cela qu'en voyant les choses — chaque jour d'un narcissisme d'autant plus prononcé —, j'erre au fond de mon âme : là où je suis certaine de ne jamais rencontrer personne, personne qui puisse m'enfoncer davantage dans ma nuit, dans ta nuit, ou me faire sentir inférieure sans mon consentement à ton rayonnement pervers.

C'est là, dans la nuit de mes jours, sans relâche, que j'erre, nuit noire de la Lune Noire, de toi, Lilith : toi qui tous les soirs nous plonge dans les ténèbres. Tu restes, dans les catacombes de ma vie. À toi, je te souhaite le pire, à dire vrai !… Mais pour ne pas être trop mauvaise : je te renvoie, à toi et à toi seule, noire Lune si noire qui luit sur moi, à ta méchanceté,  afin que ta vie soit faite du même malheur que tu as engendrée en couchant ta lumière noire, ta vie si noire, sur la mienne, en y prenant tant de plaisir.

— À toi, et à toi seule, Lilith, je jette aussi le « mauvais œil »[6].

 

*

 

Puis, soudain, tout se calme…

Si l'on savait pourquoi ?…

Soudain, tout s'efface, tout, de la jettatura.

 

*

 

L'œil songeur de la Lune observe la sombre solitude de l'espace.

 

Contente lorsqu'il fait noir, triste quand il fait clair : la vie se résume à un coloriage.

 

Sous l'hortensia ou le saule tremblant,

je savoure la douce nuit[7].

 

*

 

Exotisme de la volupté.

 

Triste et solitaire, la Lune éclaire nos nuits[8].

 

*

Je te cherche, ma sœur d'âme, mon identité, ma Vénus fatale.

Je me souviens de ce rêve fou, où nous allions nager dans cette mer remplie de lumière.

Le souffle des sirènes sert de tombe à l'amant passionné[9].

 

*

 

Et voici que la Lune est remplacée par la femme…

 

*

 

Et Dieu créa la femme.

 

Homme :

le beau corps de Phoebé la blonde brûle ton cœur.

 

Qu'advient-il ensuite de ce temps éphémère où la mère toujours n'éprouve qu'amour pour son enfant trop vite grandi ?

 

Sous la lune apparente, le fou sort de son berceau et écrase les montagnes[10].

 

*

 

Femme qui paraît, aussitôt la Lune revient…

C'est ainsi.

 

*

 

La Lune miroite dans les ténèbres.

Mon cœur se cache alors derrière ma psyché.

Mon rouge est au zénith de ma pensée

Et mon corps se consume en nuée.

 

Je ne vois en toi que bonheur,

Femme, qui hante mon cœur.

 

Si fraîches dans mon cœur : les courbes de ta vie !…

 

Permets-moi, o esprit charnel, de retourner le miroir

pour enfin te connaître[11].

 

 

*

 

Le cadavre de l'homme endormi erre à la recherche de la Rose Infinie.

Ballade, errance… : triste sort d'une flamme qui recherche son étincelle[12].

 

*

 

L'enfant, c'est le père de l'homme disait le sage…

— Faut-il l'entendre ?

Faut-il le croire ?…

 

*

 

Nuit.

Céleste obscurité qui éclaire toutes nos pensées,

accompagne-moi dans ce chemin qu'est la vie ;

avec toi je suis plus fort

ou plutôt moins diminué.

 

C'est bien après que tout s'achève…

La réalité glace les hommes qui, parfois, se rappellent leurs rêves longtemps oubliés.

Toi, tu réchauffes,

chère Nuit.

 

Enfant : cher être désiré, cher être pensé, être aimé ;

ton imagination féconde te sert et me sert d'évasion.

Nuit chère. Nuit révérée.

C'est bien après que tout s'achève et que tout recommence…

 

C'est ainsi. C'est ainsi. Toujours.

La nudité de l'hiver aux fleurs d'azur toujours regrette notre cœur[13].

 

*

 

Quand tu sais être toi, te mettre à l'écart des autres, Esprit trompeur — rêve qui donne l'illusion d'un monde en paix —, la nudité de la vie ensoleille les routes pâles de la vie.

 

Alors, l'écureuil enfantin sur le toit d'un train défiguré passe, et

sa chevelure flamboie vaguement dans le temps.

 

Dès lors, soudain, la Liberté confond la mort dormant dans la beauté de l'errance ; et la Lune rit sans un bruit dans la nuit et ne dégage aucun soupçon jusqu'au petit matin.

 

Enfance perdue.

La Nuit contemple le fantôme qui s'étouffe dans un chagrin sinistre.

 

Enfance perdue,

Monde nouveau

où l'on accoste,

où l'on débarque :

— La brise y est inconnue et la lumière inconnue[14].

 

*

 

Si tu sais être, si tu sais être toi : tu sais te mettre à l'écart de l'autre.

Esprit trompeur, rêve qui donne l'illusion d'un monde en paix.

La nudité de la vie ensoleille les routes pâles de la vie.

 

L'écureuil sur le toit d'un train défiguré passe et sa chevelure flamboie vaguement dans le temps.

 

Douce liberté confondant demain la beauté de l'errance.

Lune.

La lune rit sans un bruit dans la nuit et ne dégage aucun soupçon jusqu'au petit matin.

 

Nuit.

Contempler le fantôme qui s'étouffe dans un chagrin sinistre.

Lune.

La brise y est inconnue et la lumière inconnue[15].

 

*

 

Les rues respirent quand l'ombre se fait profonde : la nuit avec son long manteau sombre cache les horreurs des hommes…

 

Pourtant, parce que la Lune est le soleil qui illumine les nuits et qu'elle le sait : elle devient tout à coup immaculée, invisible, intouchable…

 

Nuit, éclairée de nos vies : tu es à nos yeux une dame couverte de paillettes,…

qui ment.

 

Ici, dans le jardin, la blancheur d'un rosier laisse place au « Paradis Perdu ». J'avance, je marche… Dans cet immense endroit où toute personne que l'on côtoie n'est qu'étrangère, où toute personne étrangère au monde n'est personne. Je m'arrête… Je suis perdue !…

 

Toutes les lumières, tous les bruits du monde, tous les sentiments  (plus une pensée) : voilà cet immense amas : un amas de sociétés, de gens qui voient la vie telle qu'elle est. Voilà le plus bel amas de joie et de folie. Il m'entoure.

 

Tu me cernes, Nuit rouée. Jamais tu n'as été plus riche, comportant malheur et bonheur, joie et humilité. Le Seigneur des abîmes erre sur la verdure lumineuse, pour recueillir les fleurs noires de la vie. Rêve ou cauchemar, je suis plongée dans un autre monde…

 

Le seul moyen de s'échapper de la réalité, de cette ville étouffée par les infortunés si bien que nous ne la voyons plus… : ce sont bien tes rêves, Nuit.

 

Sous toi, Lune, la fumée de la chaumière se confond doublement à mon azur boréal.

 

Ma vie n'est qu'un voyage éternel entre inconnu et inconscience[16]

 

*

 

Les rues respirent quand l'ombre se fait profonde. La nuit avec son long manteau sombre cache les horreurs des hommes.

 

La Lune est le soleil qui illumine les nuits. Elle devient tout à coup immaculée, invisible, intouchable.

 

Nuit, éclairée de nos vies : tu es à nos yeux une dame couverte de paillettes.

 

Ici, dans ce jardin, la blancheur d'un rosier laisse place au paradis perdu.

 

Je m'avance, je marche, je m'arrête : je suis perdue dans cet immense endroit où toutes personnes que l'on côtoie ne sont qu'étrangères, où toute personne étrangère au monde n'est personne.

 

Toutes les lumières, tous les bruits du monde, tous les sentiments plus une pensée : voilà cet immense amas de société, de gens qui voient la vie telle qu'elle est ; voilà le plus bel amas de fous et de folie.

 

Jamais tu n'as été plus riche, Nuit profonde, comportant malheur et bonheur, joie et humilité.

Le Seigneur des Abîmes erre sur la verdure lumineuse pour cueillir les fleurs noires de la vie. Rêve ou cauchemar, je suis plongée dans un autre monde, moi, dans le rêve, ce rêve : seul moyen de s'échapper de la réalité, à cette ville étouffée par les infortunés si bien que nous les voyons plus.

 

La fumée de leur chaumière se confond doucement à mon azur boréal.

 

Ma vie n'est qu'un voyage

éternel

entre inconnu

et

inconscient[17].

 



[1].— 2/2.

[2].— 2/2.

[3].— 2/2.

[4].— 2/2.

[5].— 2/2.

[6].— 2/2.

[7].— 2/2.

[8].— 2/2.

[9].— 2/8.

[10].— 2/2.

[11].— Alexis C., 2/8.

[12].— 2/8.

[13].— 2/8.

[14].— 2/2.

[15].— 2/8.

[16].— 2/2.

[17].— 2/2.